RestaurantEugénie Béziat, le goût et les parfums
Avec une écriture culinaire très personnelle, la Cheffe étoilée du restaurant Espadon invite à une cuisine gastronomique française nourrie d’influences et de parfums d’ailleurs.
UN PARCOURS JALONNÉ DE RENCONTRES
Lorsqu’on lui demande ce qui définit le mieux sa personnalité, Eugénie Béziat répond spontanément : l’exigence, la sensibilité et la curiosité. Trois qualités qu’elle cultive au quotidien et avec talent auprès d’une équipe de dix personnes, pour mener à bien ce métier qui la passionne. Eugénie Béziat a pris les rênes de la table gastronomique du Ritz Paris en septembre 2023, avec pour mission d’en écrire le nouveau chapitre. Six mois seulement après l’ouverture, elle obtenait une première étoile au Guide MICHELIN.
Auparavant, la jeune femme a fait ses classes auprès de Chefs étoilés comme Michel Guérard et Michel Sarran, et fait confiance à son instinct au fil des rencontres. Auprès de Stéphane Garcia à Toulouse, elle travaille son palais, chez Yann Le Scavarec en Corse elle développe son esprit créatif. C'est à la Flibuste qu'elle « prend son envol », insuffle son identité et décroche sa toute première étoile. La table se trouve sur la côte d'Azur à Villeneuve-Loubet, ville natale d’Auguste Escoffier, premier chef du Ritz Paris et père de la gastronomie moderne. Un signe ?

Dîner étoilé
Du mardi au samedi de 19h00 à 21h00

La cuisine d'Eugénie Béziat lui ressemble : franche et singulière, avec une signature « que l’on reconnaît les yeux fermés ». Une symbiose entre haute cuisine française et horizons lointains, dessinant un trait d’union entre l’Afrique de son enfance et la France de ses racines méridionales. Car la Cheffe est toujours en quête d’un goût, d’un parfum, d’une émotion. Une exploratrice dans l’âme…
Ses plats convoquent les herbes aromatiques, les plantes à parfums et les épices qu'elle aime collectionner. Des alliances inattendues s’invitent comme la rose associée à la ventrêche de cochon. Ou encore cette huître grillée brède mafane mariant l’iode au goût piquant du cresson de Parà, son herbe fétiche qu’elle fait pousser dans le potager de l'hôtel sur les plaines de Versailles.
Tous les soirs, je vais voir chaque table. Il y a ce plaisir d'échanger, de partager ce moment. Le lien et l’humain, ce sont des moteurs dans ma vie.
Eugénie Béziat, Cheffe du restaurant Espadon
RENCONTRE AVEC EUGÉNIE BÉZIAT
Émotion, poésie et alliances inexplorées
Comment décririez-vous votre cuisine ?
Je dirais qu’elle est poétique, parfumée, singulière. Mon parcours est un peu atypique, et dans l’assiette, cela donne une signature qui est la mienne. Le monde de l'olfaction étant une grande source d'inspiration, ma cuisine fait sens entre les goûts et les odeurs. Au-delà de l'esthétique, ce qui m'intéresse dans l'assiette, c'est l'émotion, ce que l’on peut ressentir. Lorsque je discute avec des parfumeurs, nous avons un peu cette même quête de la quintessence du goût. Quand on travaille l'artichaut, je veux le goût de l'artichaut.
Quels accords ou ingrédients aimez-vous particulièrement ?
Parmi les plantes à parfum : la rose, le jasmin, la fleur d'oranger et même le patchouli qui est très peu utilisé en cuisine. Dans mon plat asperges blanches et patchouli, il y a une vraie résonance entre ces deux produits. J’accorde aussi beaucoup d’importance aux sauces qui sont le verbe de la cuisine française.

D’où vient cet amour pour la cuisine ?
Il est venu avec le temps. À l'âge de 10 ans, je collectionnais des recettes de cuisine. Mes parents aimaient recevoir et parlaient souvent de tables gastronomiques. À la fac, j'achetais des magazines de haute gastronomie et j’avais un petit carnet où je cogitais sur les accords. Un jour, pour fêter mes 20 ans, mes parents m’invitent chez Hélène Darroze. C'est drôle quand j'y pense ! Je me souviens d'une huître associée à la pomme Granny Smith. J'ai une émotion, j'adore... Et je me dis que je veux faire ça.
Selon vous, la cuisine est un espace d'expression…
Oui, bien sûr, comme dans tous les métiers de création. On est en état de recherche permanente, avec parfois des révélations, un accord qui vous vient. Je crée toujours des liens avec mon métier. Ça peut être une exposition, un tableau. Parfois je pense à une assiette. Le goût et l'odeur sont des mondes qui me passionnent, on pousse les portes de la science et de la neuroscience. Si vous êtes curieux, ça peut vous emmener très loin.

Comment continuer à l'écrire l'histoire culinaire du Ritz Paris en apportant sa touche personnelle ?
À mon arrivée, je suis allée aux archives pour m'imprégner de l’ADN du Ritz Paris, un peu comme un directeur artistique dans une maison de couture. J’ai voulu rendre hommage à Auguste Escoffier, mais pas de la manière dont on l'attend. Au cours de mes recherches, j'ai découvert un homme visionnaire, extrêmement sensible, qui a vécu sur les terres de Villeneuve-Loubet, là où j'ai écrit ma cuisine et suis allée chercher ma première étoile. Il a grandi parmi ces champs de fleurs cultivées pour la parfumerie à Grasse et cela fait écho à mes plats. Il sculpte des fleurs en cire dont il décore les tables. Dans le restaurant Espadon, il y a donc la cuisine, mais aussi le lieu. Là, vous voyez cet herbier volant avec des herbes aromatiques enfermées dans des feuilles de cristal. La salle ouverte sur le jardin avec ce potager que l'on amène…
Que souhaitez-vous apporter à vos convives ?
L'expérience et l'émotion. On est toujours liés à ce qu'il y a dans l'assiette, la fameuse Madeleine de Proust… Certaines personnes peuvent pleurer, d'autres sont juste très heureuses ou dans la gratitude. Dernièrement, une cliente m'a dit : « vous m'avez renvoyée en Kabylie il y a 20 ans ». J’avais préparé un artichaut, romarin et tournesol, elle était très émue.
Pour finir, des rêves pour l'avenir ?
Des rêves... Oui. Continuer à explorer... J'avoue que j'ai l'impression d'avoir déjà réalisé mon rêve. Tous les jours, mon métier est passionnant. Tous les jours, je me dis que c’est une chose incroyable d'être ici, de faire partie de de cette équipe. Juste en étant là, on marque un peu l'histoire de la gastronomie.
EUGÉNIE BÉZIAT
CHEFFE DU RESTAURANT ESPADON


AU PLUS PRÈS DU PRODUIT
Une quête d'authenticité qui sonne comme un retour à l'essentiel
Eugénie Béziat apprécie cette proximité avec les producteurs et travaille naturellement en circuit court. Sa cuisine valorise les produits locaux et l’agriculture raisonnée. Herbes et fleurs comestibles sont cultivées dans le jardin aromatique de l’hôtel, tandis que fruits et légumes proviennent pour la plupart du jardin potager situé à la lisière de Paris.
EUGÉNIE BÉZIAT
Quelques inspirations
Restaurant
Recette
Interview





